Pour celles et ceux qui désirent apprendre à méditer, il y a de nos jours quantité d’applis, de podcasts, de blogs et de pages de réseaux sociaux qui permettent de le faire tranquillement depuis chez soi, à son propre rythme, selon ses besoins et gratuitement. Et vous savez quoi ? TANT MIEUX. Dans un monde où nous sommes constamment bombardé.e.s d’exigences de performance et d’excellence, des moyens de faire une pause et de se retrouver avec soi-même, c’est nécessaire sinon indispensable.

Oui mais voilà, y a un mais.

Kaamelott, Elias : "c'est pas pour rien qu'on m'appelle le fourbe"

 

Le plus évident peut-être pour celles et ceux qui connaissent bien cet univers, c’est que faute d’une personne qui leur tend un amical miroir, il est très facile de transposer à sa pratique de la méditation la culture de performance et d’excellence dans laquelle nous baignons. Chögyam Trungpa Rinpoché appelait ça le « matérialisme spirituel ».

Nous utilisons la méditation pour être détendus, heureux, zen, sains (healthy partout), ou plus spirituels que le voisin, donc pas pour être nous-mêmes, pas pour « se foutre la paix » pour reprendre l’expression de Fabrice Midal, pas pour « péter un coup avec notre bavardage mental » comme je dirais moi-même si j’osais (ah trop tard, j’ai osé).

Plus élégamment dit, au lieu d’apprendre à nous accueillir tel.le.s que nous sommes dans les situations que nous traversons et à nous détendre avec ça, nous nous rajoutons une couche d’exigences, nous voulons être une meilleure version de nous-mêmes, nous voulons être quelqu’un d’autre, en somme. On a le droit, mais c’est un peu pas de quoi il est question.

Note importante : se détendre avec soi-même ne veut pas dire se vautrer dans l’auto-complaisance ou l’auto-apitoiement. Cela signifie apprendre à se traiter comme si nous étions notre meilleur.e ami.e : celle/celui qui est capable de nous le dire sans ambages quand nous partons en sucette et qui nous réconforte quand nous avons gaffé en nous disant que « ben, ça va, ça arrive », histoire de remplacer la voix intérieure qui nous insulte dès que nous commettons une erreur. Si vous faites partie de la très petite portion de la population occidentale qui ne s’est jamais traitée de « quel.le con.ne » pour une erreur bénigne, vous ne pouvez pas comprendre.

Un autre écueil, c’est le contournement spirituel (spiritual bypass), comme le pointait le psychothérapeute John Welwood : utiliser la méditation pour renforcer un petit cocon douillet, éviter les « mauvaises émotions », n’éprouver que de « bonnes émotions ». Quiconque connaît un peu le rôle des émotions vous dira qu’il n’y en n’a pas de mauvaise, elles ne sont que des signaux nécessaires, qui nous informent que nous sommes satisfaits, frustrés, en danger, etc.

Ce qui est certain en revanche, c’est qu’il y en a d’agréables et des désagréables. Et nous voudrions tous ne pas ressentir ou mettre sous le tapis la morsure de la jalousie, le poids écrasant de la culpabilité, ne pas être en colère quand nous nous sentons provoqués et réagir comme un prince (ou une princesse). Seulement voilà, les émotions désagréables ne se dissipent que si on les écoute sans prendre trop au sérieux les histoires que l’on se raconte autour d’elles, on leur fait de la place sans les laisser tout casser dans la maison, on leur sert le thé et on les raccompagne gentiment après, comme on met un slow à la fin de la soirée en boîte de nuit, en guise de « Faut partir maintenant… »

Il n’y a rien qui cloche à rechercher un peu de répit. Dans les moments vraiment difficiles, j’utilise moi-même des podcasts de sons binauraux, de yoga nidra ou de relaxation guidée. J’ai toutefois conscience qu’il est très facile de se jeter dessus pour éviter de regarder en face et de faire l’expérience qui est la mienne. La méditation utilisée comme fuite. Et je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas, que l’on soit un.e méditant.e débutant.e ou un.e enseignant.e de méditation chevronné (oui, oui).

Rester avec son expérience, même très désagréable, permet de se rendre compte, une fois l’émotion traversée, qu’il ne nous est rien arrivé. En renonçant à la réactivité épidermique face à notre environnement pour accueillir ce qui se passe en nous, nous cessons d’alimenter la réaction en chaîne, prenons soin de nos blessures plutôt que d’en créer chez l’autre, nous gagnons des possibilités de réponse saine aux situations.

Bonne nouvelle, c’est une compétence qui s’apprend.

Cependant, si on veut vraiment travailler avec ses émotions par le biais de la méditation, il faudra à un moment trouver un accompagnement personnalisé (qu’on appelle instructrice ou instructeur de méditation) – que ce soit dans un cadre collectif comme un centre ou un groupe de méditation, ou individuel −, permettant de mettre en lumière avec douceur vos angles morts personnels et vous soutenir dans votre pratique de la méditation.

La méditation – donne aux gens une raison de s’asseoir et de ne rien faire depuis 2500 avant J-C.
Mmmouais… Ok mais qu’est-ce que c’est et qu’est-ce que ça fait, un instructeur de méditation ?

Instructeur de méditation est l’appellation usuelle, c’est pourquoi je l’emploie, même si le terme renvoie pour moi plutôt à des idées d’apprentissage à la badine. Une instructrice ou un instructeur est une personne qui a une expérience significative de la pratique de la méditation, qui s’est donc heurtée et a exploré la plupart des obstacles que vous rencontrez, et qui a été formée spécifiquement à ce rôle.

C’est donc une personne référente, à laquelle vous pouvez poser les questions que vous avez sur votre pratique de la méditation et qui vous accompagne dans le travail que vous faites avec vous-même par le biais de la méditation, d’un point de vue des techniques utilisées comme de celui l’espace offert. Au moins pour une première rencontre, il me semble préférable qu’elle se déroule en face à face et en personne : un.e instructrice/teur expérimenté.e sera sensible à votre langage non seulement verbal mais aussi corporel, cela lui donne des informations supplémentaires pour vous orienter au mieux. Et cela vous permettra aussi de mieux sentir si vous « sentez » cette personne ou pas.

S’agissant de la technique, une instructrice de méditation va par exemple vous aider à trouver le type de méditation qui vous convient, mais aussi vous aider dans votre posture ou pour construire un cadre à cette méditation, répondre à vos questions du genre « est-ce que je fais bien ceci ou cela ?», vous suggérer de petites modifications dans la pratique (porter son attention sur un aspect légèrement différent, modifier le regard, etc.) pour vous permettre d’explorer davantage votre propre esprit à l’œuvre.

L’accompagnement consiste souvent en premier lieu en une transmission de techniques et de la méditation guidée pour vous mettre le pied à l’étrier et répondre à chaud à vos questions.

Ce sera en vous ensuite de pratiquer où bon vous semble, vous aurez toutes les cartes en main.

Ce n’est pas l’aspect auquel on pense spontanément et il est plus impalpable, mais le deuxième grand rôle de l’instructrice de méditation est de « tenir l’espace » pour vous.

C’est d’abord un espace physique. On ne rencontre pas son instructeur de méditation au café ou au bar (enfin, on peut avant ou après mais pas pendant l’instruction de méditation). L’instructeur/trice est responsable de la mise en place d’un cadre sécurisant, dans lequel vous serez moins soumis.e à la distraction et où vous pouvez vous détendre. C’est un moment spécial, dédié à vous et votre pratique, et le cadre spatial doit aider à matérialiser cela.

C’est également un espace plus vaste, tissé de temps et de qualité d’écoute, qui vous permet d’explorer votre pratique. L’écoute bienveillante et l’attitude de non-jugement que l’instructrice/teur cultive sont mises au service de l’exploration de votre propre sagesse.

C’est enfin poser les limites de l’espace donné : l’instructeur/trice de méditation s’assure qu’il/elle demeure dans son rôle et est responsable de vous ramener, le cas échéant, au cadre de votre rencontre qui est celui de l’instruction de méditation.

En effet, l’instructrice/teur de méditation n’est ni un psy, ni un gourou, ni un sauveur, ni un coach. Son rôle n’est pas de donner des conseils sur la façon de vivre votre vie, sur ce que vous devriez y faire ou ce que vous devriez penser. Nous sommes humains et parfois une histoire qui entre en résonance avec la nôtre peut nous conduire à oublier cela et à donner un conseil, mais dès lors qu’il s’agit d’une attitude systématique, fuyez !

L’instructrice/teur de méditation veille également à vous ramener à l’objet de votre rencontre, qui est votre pratique. En particulier lors d’un travail avec les émotions, vous allez parler des éléments de votre histoire de vie. C’est à nous, si nécessaire, de ne pas verser dans une attitude de psychanalyse de comptoir et de vous aider à lâcher l’histoire que votre mental raconte pour revenir au travail avec les émotions qui sont présentes.

Enfin, l’instructrice/teur de méditation respecte votre intégrité physique et psychologique durant toute la séance et s’abstient de tout geste ou parole qui n’irait pas dans ce sens.

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N’hésitez pas à me contacter, j’échangerai avec vous avec plaisir.

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